L’Observatoire VIGIE-Estrie appuie ses travaux et son intervention sur l’approche de l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) et souhaite en optimiser l’application dans les orientations et les actions de développement en Estrie afin de s’attaquer plus efficacement aux inégalités qui perdurent entre les hommes et les femmes.
L’ADS permet de voir l’inégalité d’un système, de s’y adapter ou d’agir de façon préventive, mais non nécessairement de le changer. Ainsi, la collecte de données statistiques sexuées constitue sans nul doute l’étape préalable essentielle pour effectuer une ADS, mais non une fin en soi. L’analyse qui en sera faite, les ressources et l’expertise qui y seront allouées demeurent cruciaux pour agir à la source.
Les partenariats que souhaitent maintenir et développer l’Observatoire ont notamment pour buts de réunir l’expertise déjà existante en Estrie et de contribuer à développer une meilleure compréhension des causes profondes des problématiques liées à l’égalité hommes-femmes.
En fait, il s’agit de questionner les modèles de référence supposés neutres sexuellement. À l’instar de plusieurs chercheures, nous sommes d’avis que cette neutralité n’est qu’apparente puisque les différenciations entre les hommes et les femmes découlent d’une construction sociale qui, malgré tous les progrès opérés depuis quelques décennies, continue de freiner l’atteinte de l’égalité pleine et entière pour les femmes.
Enfin, nous sommes d’avis que l’approche de l’ADS est un outil supplémentaire et ne doit en aucun cas se substituer aux politiques ou aux mesures dites " spécifiques " qui visent à corriger les situations d’inégalité enracinées dans la culture et les institutions. De telles mesures de redressement demeurent nécessaires aussi longtemps que subsisteront des situations de discrimination.
Définitions
Qu’est-ce que l’analyse différenciée selon les sexes, plus communément connue sous l’acronyme ADS ?
C’est en 1995, lors de la Quatrième Conférence des Nations unies sur les femmes tenue à Beijing, que 181 États ont adopté un programme d’action qui les engage, entre autres, à mettre en place des mécanismes institutionnels qui analysent les effets différenciés des politiques sur les femmes et sur les hommes, lois ou mesures adoptées par les gouvernements. On reconnaissait ainsi qu’il faut prendre en compte les discriminations indirectes et considérer les expériences et les réalités différentes des hommes et des femmes.
Selon les Etats, plusieurs outils d’analyse différenciée ont par la suite été développés. Les appellations sont différentes mais réfèrent globalement au même principe. Quelques exemples :
Au Québec, c’est l’Analyse différenciée selon les sexes (ADS):
« L’analyse différenciée selon les sexes est un processus qui vise à discerner de façon préventive, au cours de la conception et de l’élaboration d’une politique, d’un programme ou de toute autre mesure, les effets distincts que pourra avoir son adoption par le gouvernement sur les femmes et les hommes ainsi touchés, compte tenu des conditions socio-économiques différentes qui les caractérisent. »
Au Canada, c’est l’analyse comparative entre les sexes (ACS)
« Un processus qui évalue les répercussions différentes des politiques, mesures législatives et programmes existants ou proposés sur les femmes et sur les hommes. L’ACS permet de mettre en place une politique, tout en étant conscient des différences selon le sexe, de la nature des rapports entre les femmes et les hommes et de leurs réalités sociales, leurs attentes et leurs conditions économiques différentes. L’analyse comparative entre les sexes remet en question l’hypothèse selon laquelle les politiques, programmes et mesures législatives ont une incidence identique sur toutes les personnes. »
Au Conseil de l’Europe, c’est l’approche intégrée de l’égalité (AIE)
« L’approche intégrée consiste en la (ré)organisation, l’amélioration, l’évolution et
l’évaluation des processus de prise de décision, aux fins d’incorporer la perspective de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et à tous les niveaux, par les acteurs généralement impliqués dans la mise en place des politiques. »